Accueil
Fait de société

NoKids

Une société qui ne supporte plus ses enfants renonce à sa propre continuité.

L'inauguration des voitures « No Kids » dans les TGV a déclenché une polémique loin d'être anecdotique. Cette exclusion des plus jeunes de nos espaces communs est le signe d'une incapacité croissante à accepter les contraintes du vivre-ensemble.

« Depuis que je suis maman, je redoute les trajets en TGV. Je les limite autant que possible. »

Au nom du confort de tous, sauf des plus jeunes, des plus démunis, nous séparons les êtres humains.


La SNCF a expérimenté une classe Optimum dans ses TGV, permettant le calme, la concentration et l'exclusion de tout petit humain âgé de moins de 12 ans. Cependant, l'offre est à sens unique : il s'agit de se plier au désidérata de ceux pour qui le silence est un droit, non de s'adapter aux familles. Faut-il rappeler que peu d'enfants sont capables de rester de longues heures assis et de chuchoter durant le voyage ?


Derrière tous ces dispositifs se dessine une évolution plus profonde : celle d'un individualisme devenu principe organisateur de l'espace public, au point que le vivre-ensemble n'est plus pensé comme un horizon commun, mais comme une contrainte que l'on est en droit de refuser.

Parce qu'ils sont imprévisibles, bruyants, vivants en somme, nous rejetons inconsciemment ce que notre société peine de plus en plus à accepter : l'irruption de l'altérité dans un monde qui valorise la maîtrise et l'optimisation de chaque expérience.

« L'enfant n'est pas un accident de l'Homme. »

Le silence devient un produit de luxe, l'absence d'enfants un service premium, et la différence sociale se matérialise physiquement : wagons après wagons, restaurants après restaurants, hôtels après hôtels.

« Nul ici bas n'est une île. »John Donne

Le vivre-ensemble ne va pas de soi. Il requiert de patients efforts. Il se construit, s'exerce au quotidien. Il suppose des règles pour le respect de chacun, mais aussi une disposition bienveillante : accepter que l'espace public ne soit pas parfaitement ajusté à nos attentes.

La maturité d'une société ne se mesure pas à sa capacité d'éliminer toute nuisance extérieure, mais à sa capacité d'intégrer harmonieusement la pluralité qui la compose.